XIV

Augmentations

Le couloir explosait depuis la gauche.

Marcus courut.

——

Pas de plan B — le plan A venait de prendre un mur de béton armé à trois cents kilomètres heure et le plan B avec.

Daven criait quelque chose dans le canal tactique mais le canal tactique était saturé de parasites depuis que les technocrates avaient déployé leurs brouilleurs dix minutes plus tôt et dix minutes semblait appartenir à une autre vie.

Marcus courut.

Le couloir était étroit — tout était étroit ici, c'était l'architecture d'une ville qui avait grandi vers le haut plutôt que vers l'extérieur, des niveaux empilés sur des niveaux, des passages calculés pour deux personnes maximum, des angles morts partout. Il connaissait ça. Il avait passé six semaines à apprendre ça.

Les cyborgs connaissaient ça aussi.

Mieux que lui.

——

Il les entendit avant de les voir — pas des pas, les cyborgs de la Nouvelle Corzen ne faisaient pas vraiment de bruit dans le sens ordinaire du terme, mais quelque chose d'autre, une fréquence basse qui précédait leur présence comme une pression dans les tympans. Marcus avait appris à reconnaître ça à la troisième semaine. À la troisième semaine il avait perdu Soven — son éclaireur, vingt-six ans, augmentations niveau quatre — parce qu'il n'avait pas encore appris à reconnaître ça.

Il tourna à droite.

Le cyborg était déjà là.

——

Pas un humain augmenté comme Marcus — quelque chose de différent, quelque chose qui avait commencé humain et qu'on avait continué dans une direction que la biologie n'aurait pas choisie seule. Les articulations qui ne pliaient pas tout à fait comme des articulations humaines. Les yeux — deux, comme tout le monde, mais avec quelque chose derrière qui calculait plutôt que regardait.

Marcus fit ce qu'il faisait depuis quarante-deux jours dans les couloirs de La Nouvelle Corzen.

Il ne pensa pas. Il bougea.

——

Trente secondes de combat rapproché dans un espace qui n'avait pas été conçu pour ça — une épaule contre le mur, un genou dans quelque chose de dur, les augmentations de Marcus qui chauffaient sous la peau avec cette sensation familière de ressources mobilisées à fond.

Le cyborg était plus rapide.

Pas de beaucoup — deux pour cent, peut-être trois, suffisamment pour que chaque échange coûte légèrement plus à Marcus qu'à lui. Deux pour cent sur trente secondes c'était gérable. Deux pour cent sur trois minutes c'était une équation différente.

Marcus le savait.

Il termina en deux minutes quarante.

——

Il s'appuya contre le mur du couloir et laissa son système respiratoire faire ce qu'il avait besoin de faire. Le canal tactique toujours saturé. Quelque part au-dessus — niveau vingt-trois, vingt-quatre, difficile à dire dans cette architecture — des explosions qui pouvaient être son armée ou l'autre.

Il repartit.

——

L'androïde arriva depuis le plafond.

Pas une métaphore — littéralement depuis le plafond, d'un panneau d'accès que Marcus avait noté à l'entrée du couloir et classé sous non prioritaire parce que les androïdes ne se déplaçaient pas par les conduits d'aération, c'était dans tous les rapports de terrain, c'était établi, c'était—

Il n'eut pas le temps de finir cette pensée.

Le choc l'envoya contre le mur opposé avec une force suffisante pour que quelque chose dans son épaule droite décide de ne plus fonctionner normalement. Marcus entendit le son — pas fort, presque discret, le genre de son qui précède une douleur qui n'est pas encore arrivée — et eut exactement une seconde pour comprendre ce qui venait de se passer avant que la douleur arrive.

Elle arriva.

——

L'androïde n'était pas un cyborg.

C'était la distinction que les rapports de terrain essayaient d'établir depuis le début de la campagne et que Marcus comprenait maintenant de façon très concrète avec son épaule droite qui refusait de répondre — les cyborgs conservaient quelque chose d'humain dans leur façon de combattre, des hésitations microscopiques, des patterns qu'on pouvait apprendre à lire. Les androïdes n'avaient pas d'hésitations. Les androïdes n'avaient pas de patterns. Les androïdes avaient des objectifs et des moyens et rien entre les deux.

Marcus se leva.

Son bras droit ne participait pas vraiment à l'opération.

L'androïde recalculait — il pouvait presque voir ça, ce moment d'ajustement, la fraction de seconde où le système réévaluait la situation.

Marcus utilisa cette fraction de seconde.

——

Ce qui suivit dura quatre minutes et coûta plus qu'il ne voulait compter.

À la fin il était debout et l'androïde ne l'était plus et Marcus regardait le couloir avec son épaule droite qui avait définitivement décidé de prendre congé et le canal tactique qui commençait à travers les parasites à ressembler à quelque chose.

— Marcus.

La voix de Daven.

— Niveau dix-neuf. Maintenant.
— J'arrive.

Sa propre voix lui sembla venir de loin.

Il repartit dans le couloir.

Son bras droit suivait. À peu près.

— FIN DU CHAPITRE —