VI

Permission

Pas le banquet — pas les tables basses en pierre noire, pas les lumières bleues et dorées. On avait tout enlevé. Le plancher de pierre brute dans sa nudité complète, les murs dépouillés, les torches aux angles qui donnaient à l'espace une qualité plus ancienne, plus animale. Quelque chose qui n'avait pas besoin d'être beau.

Quatre cents soldats debout dans le noir.

Ils attendaient depuis une heure.

——

Marcus était en retrait, à gauche de la plateforme surélevée. Pas en uniforme de cérémonie — en observateur, ce soir, une distinction qu'Eidan avait faite sans l'expliquer et que Marcus n'avait pas questionnée. Il regardait les quatre cents hommes dans la lumière des torches — jeunes pour la plupart, augmentations de base encore, la peau encore intacte pour quelques heures.

Ils tremblaient légèrement.

Pas de peur.

——

Eidan entra sans annonce.

Le costume. Le masque architectural blanc sur le fond de draperie noire. Cette façon d'occuper l'espace qui transformait l'entrée en événement sans que rien de spectaculaire se produise — juste une présence qui précédait son corps dans la salle comme une pression dans l'air.

La salle se tut.

Ce n'était pas du silence ordinaire. C'était quatre cents corps qui retenaient quelque chose.

——

Il monta sur la plateforme.

Regarda.

Longtemps — suffisamment pour que chaque homme dans cette salle ait l'impression d'avoir été vu individuellement. Suffisamment pour que la chaleur des torches et la densité des corps et l'attente d'une heure fassent leur travail.

Puis il parla.

——

— Mes magnifiques fauves.

Trois mots. La voix qui portait sans effort dans l'espace acoustique de la grande salle dépouillée — chaude, précise, quelque chose qui descendait dans la poitrine avant que le cerveau finisse de l'entendre.

Quatre cents corps répondirent à ça physiquement.

Marcus le sentit depuis sa position en retrait. Une vague — pas collective, individuelle et simultanée, chaque homme dans cette salle qui recevait ces mots dans son propre corps et qui en faisait quelque chose de personnel.

——

— Ce soir vous allez perdre quelque chose, dit Eidan.

Sa voix ne montait pas. N'avait pas besoin de monter.

— Votre peau. Vos marquages. Ce que votre corps a accumulé depuis votre naissance — les cicatrices, les traces, tout ce que vous avez traversé inscrit dans la chair. Vous allez le perdre.

Un silence.

— Je vous demande pas de l'oublier. Je vous demande de le porter autrement. Dans l'alloy. Dans ce que vous allez devenir ce soir.

——

Il fit le tour lentement de la plateforme — pas pour être vu de tous les angles, pour voir. Marcus connaissait cette qualité d'attention chez lui. Il regardait vraiment.

— L'alloy c'est pas une armure, dit Eidan. C'est pas une augmentation. C'est une décision. Vous décidez ce soir que votre corps appartient à quelque chose de plus grand que votre propre survie.

Une voix quelque part dans la salle — un son bref, pas un mot, quelque chose d'involontaire.

D'autres.

——

— Vous avez peur, dit Eidan. C'est bien. La peur veut dire que vous comprenez ce que vous faites. Ceux qui ont pas peur ce soir comprennent pas encore.

Il s'arrêta au centre de la plateforme.

— Mais vous êtes quand même là.

——

Ce qui se passa dans la salle ensuite n'était pas de l'ordre du discours militaire ordinaire. Marcus l'observait avec cette neutralité qu'il réservait aux phénomènes qu'il ne savait pas encore comment classer — quatre cents hommes qui basculaient lentement vers quelque chose, une chaleur collective qui montait dans l'espace dépouillé, des corps qui se rapprochaient sans décision consciente.

Eidan les regardait faire.

Le masque blanc dans la lumière des torches. Immobile. Présent.

— Cette nuit est à vous, dit-il finalement. Ce que vous traversez ce soir — la douleur, tout ce qui vient avec — c'est à vous. Personne peut vous l'enlever.

Il marqua une pause.

— Mes magnifiques fauves.

——

Il descendit de la plateforme sans regarder en arrière.

La salle explosa.

Marcus regarda les quatre cents hommes — la chaleur, le bruit, les corps qui cherchaient d'autres corps dans la lumière orange des torches — et comprit ce qu'Eidan avait fait. Pas un discours. Un signal. La permission de laisser sortir ce qui attendait depuis une heure dans le noir.

Il chercha Eidan dans la salle.

Le masque blanc disparaissait déjà dans le couloir.

— FIN DU CHAPITRE —