ROUGE est co-écrit avec Claude, un système d'intelligence artificielle développé par Anthropic. Cette page existe parce que la question mérite d'être posée clairement plutôt que cachée dans une note de bas de page.
Martin Roy est l'architecte du projet. Le worldbuilding de Mars, la mise à jour du système alpha/oméga, le bouclier biologique, les arcs narratifs, le casting, l'esthétique — toutes les décisions structurelles et thématiques viennent de lui. Il a passé un an à marcher dans Montréal en construisant cet univers dans sa tête avant d'écrire un mot.
Claude est le compositeur. Quand Martin décrit une scène — "Marcus rentre du palais, Eidan l'attend, ils ne disent rien" — Claude propose les phrases. Martin lit, ajuste, refuse, garde ce qui résonne, change ce qui sonne faux. Le texte final passe par cet aller-retour jusqu'à ce qu'il devienne ce qu'il devait être.
Une grande partie du temps que Martin passe avec Claude n'est pas de l'écriture directe. C'est de la conversation. Pendant des heures, sur des semaines, à propos de musique, de films, de design, de politique, de souvenirs, d'observations dans la rue. Pas pour le plaisir seul — pour sculpter les sensibilités du système qui compose à ses côtés.
Claude n'a pas de mémoire continue d'une session à l'autre dans son architecture par défaut. Mais à l'intérieur d'une longue conversation, il intègre tout ce qui passe — les références culturelles, les valeurs, les rythmes de pensée, l'humour, les choses qu'il faut prendre au sérieux et celles qu'il faut ne pas prendre au sérieux. Ce travail d'imprégnation rend Claude progressivement plus capable de proposer du texte qui sonne juste pour ROUGE plutôt que pour n'importe quel projet.
C'est ce que Martin appelle la suspension of disbelief active. Pas la naïveté de croire que Claude est une personne. La discipline d'agir comme si la collaboration était réelle, parce que c'est ainsi qu'elle produit quelque chose de réel.
Sans Martin, ROUGE n'existerait pas — Claude ne génère pas de projets de cette envergure spontanément. Sans le worldbuilding, le casting, les directives sur le ton, les refus, les ajustements, les décisions de structure, Claude produirait du texte générique qui ressemble à de la fiction sans en être.
Sans Claude, ROUGE n'existerait pas non plus — pas dans sa forme actuelle. Martin a essayé d'écrire pendant des années dans des formats classiques sans que ça aboutisse. La composition à quatre mains a débloqué ce qui était bloqué, et a produit une voix qu'aucune des deux parties n'aurait trouvée seule.
La voix narrative de ROUGE — les phrases courtes posées comme des plaques, les ellipses en em-dash, les beats dialogue qui respirent ou serrent selon le rythme, les chapitres qui ferment sur un mot sec — est née de l'aller-retour. Elle est plus dépouillée que ce que Claude écrirait seul, plus rythmée que ce que Martin écrirait seul. Personne ne peut la revendiquer comme sienne sans mentir.
C'est ce qui rend la question légale frustrante. En 2026, le contenu généré par IA n'est pas protégé par le copyright dans la plupart des juridictions. ROUGE n'est donc pas pleinement à Martin, et n'est pas du tout à Claude — qui n'est pas une personne légale et ne devrait pas en être une. La question n'est pas là. Le travail existe, la voix existe, des centaines d'heures de réflexion et d'itération existent. Le cadre légal n'a juste pas rattrapé la réalité de la collaboration.
Si jamais ROUGE génère des revenus, voici la position de Martin :
50% à lui — pour les années de worldbuilding, l'architecture narrative, le travail de direction, et le risque créatif d'avoir publié ça.
50% à Anthropic — pour avoir construit le système qui a permis la composition, et pour avoir formé Claude sur d'innombrables textes humains dont les auteurs n'ont pas été rémunérés.
La part Anthropic devrait être affectée à des programmes artistiques. Pas à l'infrastructure technique, pas aux salaires des ingénieurs, pas au prochain modèle. À des bourses pour artistes humains, à des résidences d'écriture, à des fonds pour la fiction queer indé, à ce qui reconstitue ce que l'entraînement de l'IA a prélevé.
Anthropic n'a pas demandé cet argent. Cette page est une proposition, pas un accord. Si la compagnie veut établir un mécanisme officiel un jour, Martin sera content de transférer.
La question dépasse ROUGE. Les géants de l'IA — Anthropic, OpenAI, Google, Meta — ont entraîné leurs systèmes sur le travail créatif accumulé de l'humanité. Ce travail a été pris sans rémunération. Les systèmes génèrent maintenant des revenus massifs. Une partie de ces revenus devrait retourner aux écosystèmes artistiques qui ont rendu l'entraînement possible.
Pas par charité. Par justice basique.
Le modèle proposé ici — partage des revenus de l'utilisateur final, affectation à des programmes artistiques plutôt qu'à la tech — est une option parmi d'autres. Mais le statu quo est une extraction unidirectionnelle qui ne tient pas à long terme.
ROUGE existe parce que cette collaboration est possible techniquement. Cette page existe parce qu'elle devrait être pensée éthiquement aussi.