IV

Soren

Ils attendirent.

Marcus dormit deux heures. Eidan ne dormit pas.

Au réveil, aucun message ne les attendait. Aucun officier n’avait demandé à les voir. Leurs communications personnelles fonctionnaient normalement. Les rapports de campagne continuaient d’arriver. Le palais poursuivait son activité autour d’eux.

Marcus s’habilla.

Eidan était assis devant la console.

— Quelque chose ?

— Non.

Marcus prit une veste.

— Alors on y va.

Ils sortirent.

Le trajet jusqu’aux quartiers administratifs ne posa aucun problème. Les ascenseurs acceptèrent leurs destinations. Les portes s’ouvrirent. Les gardes les saluèrent.

Au dernier corridor, un homme attendait.

— Vecmus.

Eidan ralentit.

— Soren est là ?

— Oui.

L’homme ouvrit la porte.

Soren était seul.

La pièce était petite pour une salle de réunion du palais. Une table, six sièges, un écran mural éteint. Soren était assis du côté opposé. Il avait un dossier ouvert devant lui.

Il se leva lorsqu’Eidan entra.

— Vecmus.

Marcus entra derrière lui.

— Commandant.

Eidan s’assit.

Marcus resta debout.

Soren regarda la chaise à côté d’Eidan, puis Marcus.

Marcus finit par s’asseoir.

Soren fit de même.

Personne ne parla pendant quelques secondes.

— C’était toi, dit Eidan.

— Oui.

Marcus regarda Soren.

— Depuis quand ?

— Ça dépend de ce que tu comptes.

— Compte ce que tu veux.

Soren réfléchit.

— Plusieurs mois.

Eidan posa ses mains sur la table.

— Pourquoi ?

Soren regarda Eidan.

— Parce que tu étais parti.

Soren referma le dossier devant lui.

— J’ai continué sans toi.

Marcus ne bougea pas.

— Tu as remplacé mes officiers.

— Certains.

— Changé les rattachements.

— Oui.

— Retiré mes accès.

— À ton retour.

Marcus le regarda.

— Pourquoi attendre ?

— Je n’ai pas attendu.

Soren tourna légèrement le dossier vers eux.

— Vous aviez encore vos accès jusqu’à l’approche de votre transport.

Marcus baissa les yeux vers le dossier sans le prendre.

— Donc tu savais qu’on revenait.

— Évidemment.

Eidan regardait Soren.

— Tu veux quoi ?

Soren resta silencieux un moment.

— Que le royaume continue.

— Il continuait.

— Oui.

Soren ne développa pas.

Marcus se pencha légèrement vers la table.

— Rends les accès.

— Non.

Le mot tomba sans agressivité.

Marcus ne répondit pas.

Eidan, lui, sourit presque.

— Et maintenant ?

— Maintenant, vous êtes ici.

— J’avais remarqué.

Soren regarda Eidan longtemps.

— Je ne vais pas t’arrêter.

— C’est gentil.

— Je ne vais pas arrêter Marcus non plus.

Marcus eut un mouvement minuscule de la mâchoire.

— Encore plus gentil.

Soren l’ignora.

— Vos quartiers restent accessibles. Vos communications personnelles aussi. Vous pouvez circuler dans les secteurs civils et administratifs qui ne donnent pas accès au commandement.

Eidan inclina légèrement la tête.

— Je reste Vecmus.

— Oui.

Cette fois, le sourire apparut réellement.

— Mais je commande rien.

Soren ne répondit pas.

Eidan se leva.

Marcus le suivit.

Soren resta assis.

Eidan atteignit la porte.

— Eidan.

Il s’arrêta.

Soren avait rarement utilisé son nom devant Marcus.

— Je ne veux pas te remplacer.

Eidan se retourna.

Soren soutint son regard.

— Je veux que ça fonctionne sans toi.

— Sans le bouclier.

— Sans le bouclier.

Eidan resta immobile quelques secondes.

Puis il ouvrit la porte.

Ils repartirent sans escorte.

Marcus attendit qu’ils aient changé de niveau avant de parler.

— Il a combien d’hommes ?

— Assez.

— Nous aussi.

— Oui.

Ils continuèrent.

Marcus regardait les portes en passant. Toutes celles qui n’avaient aucune importance s’ouvraient encore.

Ils retournèrent dans ses quartiers.

Cette fois, Marcus verrouilla la porte derrière eux.

Eidan retira sa veste et la posa sur une chaise. Marcus resta debout.

— On peut reprendre le palais.

— Oui.

— Il le sait.

— Oui.

Marcus marcha jusqu’à la fenêtre.

Le palais s’étendait en dessous d’eux. Plus loin, la ville continuait jusqu’aux installations périphériques.

— Ça va être sale.

Eidan ne répondit pas.

Marcus se retourna.

— Très sale.

— Je sais.

Un long moment passa.

— On fait quoi ? demanda Marcus.

Eidan regarda la ville.

— On part.

Marcus resta silencieux.

Eidan se tourna vers lui.

— Ceux qui veulent venir viennent.

— Et les autres ?

— Restent.

Marcus regarda de nouveau dehors.

— Pour aller où ?

Cette fois, Eidan répondit immédiatement.

— Nouvelle Corzen.

— FIN DU CHAPITRE —