III

Le retour

Le transport quitta son altitude de croisière au-dessus de la ville.

Le palais apparut sous eux, d’abord comme une masse sombre entre les bâtiments, puis avec ses terrasses, ses niveaux superposés et les plateformes aériennes qui s’avançaient au-dessus de ses flancs. Eidan regardait par la vitre. Marcus avait posé son interface sur sa cuisse et parcourait les derniers rapports transmis par les unités restées derrière eux.

La voix du pilote passa dans la cabine.

— Approche finale.

Marcus rangea l’interface.

Le transport ralentit au-dessus du palais.

Puis resta immobile.

Eidan leva les yeux.

Personne ne dit rien.

Quelques secondes passèrent avant que l’appareil recommence à descendre.

— Autorisation reçue, annonça le pilote.

Le train d’atterrissage toucha la plateforme.

À l’extérieur, tout était à sa place.

Une équipe attendait déjà derrière la ligne de sécurité. Deux officiers, le responsable de la plateforme, quatre membres du personnel technique. Lorsque la porte s’ouvrit, le premier officier s’avança.

— Vecmus.

Eidan descendit.

— Bon retour.

Marcus suivit. Le deuxième officier le salua.

— Commandant.

Le matériel fut sorti derrière eux. Les caisses militaires furent séparées de leurs affaires personnelles, les armes enregistrées, le transport pris en charge par l’équipe technique. Un véhicule intérieur attendait pour les conduire jusqu’au noyau du palais.

Marcus regarda une dernière fois la plateforme avant de monter.

Rien ne manquait.

Le protocole avait tenu.

Ils traversèrent les niveaux supérieurs sans incident. Les portes s’ouvraient avant leur arrivée. Le personnel se déplaçait pour les laisser passer. Plusieurs personnes saluèrent Eidan. Une femme interrompit une conversation en le voyant et s’inclina légèrement.

Il répondit d’un signe de tête.

Dans l’ascenseur, Marcus sélectionna le niveau du commandement.

La commande disparut.

Il recommença.

Cette fois, un message apparut.

AUTORISATION REQUISE

Marcus posa son identification contre le lecteur.

Le système la reconnut.

COMMANDANT MARCUS

Puis :

AUTORISATION INSUFFISANTE

Eidan regarda l’écran.

Marcus sélectionna un autre niveau.

L’ascenseur partit.

Ils n’échangèrent rien.

Au niveau inférieur, ils prirent le corridor qui rejoignait le commandement par l’accès nord. Marcus marcha devant. Deux employés qu’il connaissait les croisèrent et s’écartèrent immédiatement.

— Commandant.

Marcus continua.

La première porte s’ouvrit.

La deuxième aussi.

La troisième resta fermée.

Il posa la main sur le lecteur.

AUTORISATION INSUFFISANTE

Marcus se décala.

Eidan essaya.

Le lecteur afficha son nom.

VECMUS EIDAN

La lumière resta rouge.

Eidan retira sa main.

Ils repartirent.

À l’étage des communications, ils furent accueillis par le responsable de service. Il salua Eidan, puis Marcus, et les accompagna lui-même jusqu’au sas intérieur.

Le sas refusa de s’ouvrir.

L’homme regarda son écran.

— Un instant.

Il recommença.

Même résultat.

Marcus observa le responsable entrer une deuxième commande, puis une troisième.

— Je vais appeler la sécurité.

Marcus posa deux doigts sur son bras.

— Non.

L’homme se tut.

Marcus repartit. Eidan le suivit.

Ils traversèrent le palais.

Les archives militaires les laissèrent entrer dans la section publique, mais pas dans le noyau opérationnel. Le centre de déploiement refusa l’identification de Marcus. Un corridor menant aux salles de coordination était devenu inaccessible aux deux.

Personne ne les empêchait de circuler.

Personne ne leur demandait de partir.

Les gens continuaient à les saluer.

Eidan s’arrêta une fois devant une baie vitrée qui donnait sur l’un des grands espaces administratifs. En dessous, plusieurs dizaines de personnes travaillaient. Des données défilaient sur les murs. Des ordres étaient reçus, traités, transmis.

Marcus s’arrêta à côté de lui.

Ils regardèrent quelques secondes.

Puis continuèrent.

Le bureau de Marcus s’ouvrit.

Tout était exactement comme il l’avait laissé.

Il entra, posa son sac près de la porte et réveilla la console.

Ses dossiers personnels étaient là. Ses rapports de campagne aussi. Les communications ordinaires s’ouvrirent.

Il demanda la structure de commandement.

L’écran chargea.

Marcus resta debout.

Eidan s’approcha.

Des noms avaient changé.

Pas beaucoup.

Marcus ouvrit l’historique.

Un remplacement avait eu lieu peu après leur départ. Un autre plusieurs semaines plus tard. Certaines responsabilités avaient été divisées. D’autres regroupées. Une unité avait changé de rattachement. Des autorisations avaient été transférées d’un service à un autre.

Chaque modification avait une date.

Chaque modification avait été approuvée.

Marcus descendit lentement dans la liste.

Eidan prit la chaise à côté de lui.

Ils lurent.

Au bout d’un moment, Marcus ferma la console.

Dans le corridor, quelqu’un passa devant leur porte en parlant. Plus loin, un ascenseur s’ouvrit puis se referma.

Eidan se leva.

Marcus prit son sac.

Ils quittèrent le bureau.

Ils ne retournèrent pas vers les quartiers du Vecmus.

À l’intersection, Eidan prit pourtant cette direction.

— Non.

Il s’arrêta.

Marcus indiqua l’autre corridor.

— Chez moi.

Eidan le suivit.

Ils croisèrent deux gardes. Ceux-ci saluèrent Eidan avec la même précision que tous les autres.

La porte des quartiers de Marcus le reconnut immédiatement.

Il laissa entrer Eidan et attendit qu’elle soit refermée derrière eux.

Ses quartiers étaient plus petits. Une chambre, une salle d’eau, un espace de travail qu’il utilisait rarement. Rien n’avait bougé depuis leur départ.

Marcus vérifia la porte.

Puis les communications.

Eidan posa son sac au sol.

— Pourquoi ici ?

Marcus regarda une dernière fois l’état des accès.

— Tes quartiers sont ceux du Vecmus.

Eidan attendit.

— Les miens sont juste les miens.

— FIN DU CHAPITRE —