Eidan entra à vingt-deux heures.
Marcus était debout au centre de la pièce, nu.
Pas en attente — pas la posture de quelqu'un qui attendait. Juste là, dans la lumière bleue basse, les bras légèrement écartés du corps avec cette désinvolture calculée qui ne trompait pas Eidan depuis longtemps.
La peau.
Eidan s'arrêta.
Il la connaissait — il avait développé l'alloy, il avait les données, il avait vu la procédure sur d'autres sujets dans des conditions cliniques. Il savait exactement ce que c'était et comment ça fonctionnait et ce que ça faisait à la lumière.
Ce qu'il n'avait pas calculé c'était Marcus dedans.
Le reflet bleu était subtil au repos — il l'avait dit, c'était exact, il ne s'était pas trompé sur les données. Mais les données ne couvraient pas la façon dont ça réagissait à la lumière bleue des appartements privés, cette résonance entre la peau et l'éclairage comme si la pièce avait été conçue pour ça.
Elle n'avait pas été conçue pour ça.
Eidan nota mentalement que c'était quand même le cas.
Marcus ne dit rien. Il laissait regarder — avec cette patience tranquille qu'il avait, qui n'était jamais de la passivité, qui était une forme de contrôle que certains gens ne reconnaissaient pas comme tel.
Eidan le reconnaissait.
Eidan traversa la pièce.
Lentement — pas d'hésitation, juste lent, parce qu'il voulait voir ce que la lumière faisait à chaque angle. Marcus suivit le mouvement sans tourner la tête, juste les yeux, ce regard direct qui lisait tout en temps réel.
Eidan posa une main sur le torse de Marcus.
La sensation — pas tout à fait de la peau, pas tout à fait du métal, quelque chose entre les deux qui avait une température propre, légèrement plus élevée que ce qu'il attendait. Vivant. L'alloy s'était intégré.
— Ça fait mal?
— Plus maintenant.
— Pendant?
— Oui.
Eidan fit le tour lentement. La main qui glissait sur l'épaule, le dos, la ligne de la colonne où les augmentations anciennes couraient sous l'alloy comme des veines sous une nouvelle peau. Le reflet bleu s'intensifiait légèrement sous sa paume — chaleur, contact, la matière qui répondait.
Il s'arrêta dans le dos.
Les tatouages n'étaient plus là.
Il le savait. Il avait su depuis le début que ça ferait partie du prix — les marquages de campagne, les grades, les pertes, et celui aux côtes aux bords flous. Il n'avait pas demandé ce que c'était, celui aux côtes. Marcus n'avait pas répondu quand il en avait parlé à la salle médicale, ce qui était exactement une réponse.
Eidan posa la paume à plat entre ses omoplates.
L'alloy sous sa main. Lisse, chaud, bleu très pâle dans la lumière.
— Tu regrettes?
Marcus prit un moment.
— Non.
Eidan revint face à lui.
Marcus le regardait avec cette expression qu'il avait — directe, ancrée, quelqu'un qui était complètement là sans chercher à remplir le silence de mots inutiles. L'alloy sur ses épaules larges, sur le torse, sur les bras où les augmentations anciennes transparaissaient encore comme quelque chose d'intégré plutôt qu'ajouté.
Il était différent.
Pas moins — autre chose.
Quelque chose que les tatouages avaient couvert et que l'alloy révélait différemment, une façon d'exister dans son propre corps qui n'avait pas besoin de marquages pour se souvenir de ce qu'il avait traversé.
— C'est bien.
Pas un compliment. Une évaluation — mais Marcus connaissait la différence depuis longtemps et savait ce que celle-là voulait dire.
— Je sais.